Chapitre 3 comptabilité les provisions Comptabilité générale
Télécharger PDFLes Provisions
La provision consiste en la constatation comptable d'une diminution de la valeur du patrimoine de l'entreprise :
- Soit par dépréciation d'un élément d'actif.
- Soit par l'apparition d'une charge probable et donc d'une dette éventuelle.
Il existe deux catégories de provisions :
- Les provisions pour dépréciation des éléments d'actif non amortissables (provisions de l'actif).
- Les provisions pour risques et charges pouvant apparaître et naître dans le cadre de l'exploitation et l'activité de l'entreprise (provisions du passif).
Ces provisions sont constituées dans un souci de prudence afin de faire face aux éventuelles dépréciations, charges et pertes dans une entreprise.
I. Les Provisions pour Dépréciation
Définition des Provisions pour Dépréciation
Comme pour les amortissements, la provision pour dépréciation sert à réajuster les comptes d'actif. Cependant, les provisions sont constituées en prévision d'une dépréciation future (non irréversible) qui est probable et non pas certaine, comme l'amortissement (dépréciation irréversible, c'est-à-dire définitive).
Les provisions sont des charges probables, mais étant nées au cours de l'exercice qui s'achève, elles doivent être comptabilisées en fin d'exercice.
Ces provisions concernent :
- Les immobilisations non amortissables, tels que : le fonds commercial, les titres de participation, les terrains.
- Les éléments de l'actif circulant, tels que : les stocks de marchandises ou matières premières, les clients, les titres et valeurs de placement.
- Au bilan, les provisions apparaissent dans une deuxième colonne en soustraction, comme c'est le cas pour les amortissements. Les valeurs provisionnées apparaissent ainsi avec leurs valeurs nettes dans une troisième colonne.
Création et Comptabilisation des Provisions pour Dépréciation
La création d'une provision donne lieu à une charge enregistrée selon sa nature (exploitation, financière, non courante) dans le débit des postes :
- 619 « Dotations d'exploitation aux provisions… ».
- 639 « Dotations financières… ».
- 659 « Dotation non courante ».
Et en contrepartie, on crédite un compte d'actif soustractif d'immobilisations (29) ou d'actif circulant (39) ou de trésorerie (59) :
- 29/39/59 « Provision pour dépréciation… » du compte concerné.
Provisions pour Dépréciation des Immobilisations
Ces provisions correspondent aux dépréciations que peuvent subir les immobilisations non amortissables (incorporelles, corporelles et financières). Il peut arriver que, suite à des circonstances particulières, la valeur des terrains, des éléments incorporels (fonds commercial, clientèle, droit au bail), des titres de participations, etc., subissent une dépréciation. Il y a donc lieu de constituer une provision.
Provisions pour Dépréciation des Immobilisations Incorporelles
Exemple : Un grand magasin voit l'installation d'un supermarché concurrent à proximité de son emplacement. Le fonds commercial du grand magasin, inscrit pour 200 000 DH, doit faire l'objet d'une provision de 40 %, soit 80 000 DH.
Provisions pour Dépréciation des Immobilisations Corporelles
Exemple : L'entreprise Alami dispose d'un terrain de 10 000 m² qu'elle a acheté à 1 000 000 DH. La valeur du terrain risque de baisser de 10 % à cause du changement du tracé d'une route qui devait passer à proximité de ce terrain.
Provisions pour Dépréciation des Immobilisations Financières
La comparaison entre la valeur actuelle (valeur donnée par le marché financier ou un acquéreur éventuel) et la valeur d'entrée d'une immobilisation financière fait apparaître des plus-values ou des moins-values par catégorie homogène de titres (même nature, même droit). Les plus-values ne sont pas comptabilisées, par contre les moins-values doivent l'être sous forme de provision pour dépréciation des immobilisations financières.
Exemple : Des titres de participations achetés pour le prix global de 15 000 DH (100 actions), ont été cotés en bourse au mois de décembre 2010 au prix moyen de 145 DH l'action. L'entreprise constitue alors une provision au 31/12/2010 en prévision de cette dépréciation. La valeur inscrite à l'actif étant de 15 000 DH. Celle actuelle en bourse est de 145 x 100, soit 14 500 DH. Les actions ont donc accusé une diminution de 500 DH. Ce montant va faire l'objet d'une provision.
Provisions pour Dépréciation de l'Actif Circulant
Provisions pour Dépréciation des Stocks
Lors de l'inventaire, si la valeur économique réelle (valeur actuelle) des stocks est inférieure à la valeur comptable (valeur d'entrée), les entreprises doivent constituer des provisions pour dépréciation des stocks qui constatent les moins-values sur ces stocks. De même, les éléments en stock détériorés, démodés, devenus inutilisables ou invendables, doivent également faire l'objet de provisions pour dépréciation.
Exemple : Le 31/12/2011, lors de l'inventaire, une entreprise estime la dépréciation du stock (final) de marchandises à 2 % de sa valeur qui s'élève à 40 000 DH. Le montant de la provision à constituer est donc de 800 DH (40 000 DH x 2 %).
Provisions pour Dépréciation des Créances
Les clients se classent en trois catégories :
- Les clients ordinaires solvables.
- Les clients dont le recouvrement de la créance est douteux.
- Les clients dont les créances sont irrécouvrables (client en faillite).
Clients douteux ou litigieux : Les comptes des clients douteux peuvent être extraits du grand livre auxiliaire des clients et reclassés dans un grand livre auxiliaire de clients douteux :
- Débit : 3424 Clients douteux ou litigieux
- Crédit : 3421 Clients
Après, on constitue la provision :
- Débit : 61964 Dotations d'exploitation aux provisions pour dépréciation de l'actif circulant
- Crédit : 3942 Provision pour dépréciation des clients et comptes rattachés
Pour les créances irrécouvrables, il est inutile de créer une provision puisque la perte est certaine et son montant est exactement connu :
- Débit : 6182 Pertes sur créances irrécouvrables
- Crédit : 3421 Clients
Exemple : Le 31/12/2012, l'entreprise Alami constate qu'une créance sur le client Hassan de 12 000 DH (TTC) ne peut être probablement encaissée en totalité, vu les difficultés financières de Hassan. La récupération est estimée à 60 %.
L'entreprise constate également qu'une créance de 3 000 DH sur le client Ahmed est inespérée et totalement irrécouvrable (le client est insolvable).
Enregistrement comptable :
Pour le cas de Hassan :
- Dans un premier temps, on transfère le montant de la créance du compte « 3421 Client » au compte « 3424 Client douteux ».
- Puis, dans un deuxième temps, on crée la provision proportionnelle au montant inespéré.
- La charge probable est donc estimée à 40 % (100 % - 60 %), soit un montant de 4 000 DH (10 000 DH x 40 %). Le compte 3942 est un compte d'actif soustractif (crédité).
Pour le cas d'Ahmed :
La créance est irrécouvrable en totalité, c'est donc une perte définitive. Aussi, on ne constitue pas de provision et nous constatons directement cette perte (charges courantes). La créance irrécouvrable est considérée comme une charge d'exploitation.
Provisions pour Dépréciation des Titres et Valeurs de Placement
Ces provisions sont constituées lorsque la comparaison de la valeur d'entrée et de la valeur actuelle d'une immobilisation financière fait apparaître une moins-value.
Exemple : Au 31/12/2010, l'état des Titres et Valeurs de Placement (TVP) d'une société est le suivant :
| Catégories | Quantité | Prix d'achat unitaire (DH) | Cours boursier par unité (DH) |
|---|---|---|---|
| Actions A | 50 | 280 | 200 |
| Actions B | 100 | 300 | 290 |
| Actions C | 300 | 400 | 440 |
Au 01/01/2012, le stock final de 2011 apparaîtra à l'actif du bilan et constitue donc le stock initial (du début d'exercice) de l'exercice 2012. Au 31/12/2012, le stock initial n'existant plus, il faut annuler la provision constituée pour lui et qui figure elle-même à l'actif dans un compte soustractif « Provisions pour dépréciation des marchandises » (3911). Pour solder ce compte, on crédite un compte de produit intitulé « Reprise sur provisions pour dépréciation de l'actif circulant » (7196).
À la fin de chaque exercice comptable donc, on procède de la manière suivante :
- On annule la provision du stock de début d'exercice.
- On constitue la provision pour le stock de fin d'exercice.
Remarque générale : La provision ne concerne que les dépréciations et moins-values constatées. Si à la fin de l'exercice, on constate des plus-values, on ne passe aucune écriture, car les gains latents ne sont pas prises en considération et donc ne sont pas comptabilisés (principe de prudence).
Réajustement des Provisions pour Dépréciation
Ce problème se pose lorsque les provisions antérieurement constituées se révèlent soit insuffisantes et sous-estimées, soit surestimées et trop importantes. On opère alors un réajustement qui tient compte de la nouvelle estimation afin de faire apparaître les éléments d'actif avec des montants plus réels au moment de l'inventaire.
C'est ainsi que, pour le premier cas de sous-estimation, il faut augmenter la provision, c'est-à-dire enregistrer une dotation supplémentaire de la même manière que lors de la création :
- Débit : 619/639/659
- Crédit : Compte de provision concerné
Exemple : Le client Mehdi est débiteur de 12 600 DH (TTC). Sa créance a fait l'objet d'une provision de 2 000 DH en 2010. À la clôture de l'exercice 2011, on estime que la perte probable est de 50 % de la créance.
Pour le deuxième cas (surestimation), il faut diminuer la provision constituée car trop forte. Dans ce cas, on débite le compte de provisions d'actif.
Et en contrepartie, on crédite un compte de produits intitulé selon la nature de la provision ; « Reprises sur provisions… » Nous avons ainsi les comptes de :
- Reprises d'exploitation (719) :
- 7194 « Reprises sur provisions pour dépréciation des immobilisations ».
- 7195 « Reprises sur provisions pour risques et charges ».
- 7196 « Reprises sur provisions pour dépréciation de l'actif circulant ».
- Reprises financières (739) :
- 7392 « Reprises sur provisions pour dépréciation des immobilisations financières ».
- 7393 « Reprises sur provisions pour risques et charges financières ».
- 7394 « Reprises sur provisions pour dépréciation des valeurs et titres de placement ».
- Reprises non courantes (759) :
- 7595 « Reprises non courantes sur provisions pour risques et charges ».
Les reprises sont donc considérées comme des produits puisque nous avons une augmentation d'actif et une diminution du passif selon les cas de provisions pour dépréciation ou pour risques et charges.
Exemple : À la clôture de l'exercice 2009, l'entreprise X a constaté que les titres de participation achetés à 350 000 DH et provisionnés pour 50 000 DH en 2008, sont cotés à la bourse pour une valeur de 320 000 DH.
Annulation des Provisions pour Dépréciation
Il y a utilisation finale lorsqu'il y a réalisation de l'événement pour laquelle la provision a été constituée. La provision doit être annulée dans les situations suivantes :
- La cession d'un élément de l'actif provisionné.
- L'encaissement des créances douteuses pour solde d'une manière définitive.
Dans les deux cas, la provision doit être annulée par :
- Débit des comptes de provision 29 ou 39
- Crédit des comptes de reprise sur provision : 719 ou 739
Cession d'un Élément de l'Actif Provisionné
Cas des provisions sur immobilisations incorporelles (fonds commercial)
Exemple : Une entreprise a vendu courant 2011 son fonds commercial acquis pour 200 000 DH et qui faisait l'objet d'une provision pour dépréciation de 80 000 DH au 31/12/2010. Prix de vente 135 000 DH contre chèque.
Valeur nette : 200 000 DH – 80 000 DH = 120 000 DH
Prix de cession = 135 000 DH
Plus-value (135 000 DH – 120 000 DH) = + 15 000 DH
La plus-value de 15 000 DH apparaît ainsi par différence entre le total des produits (135 000 DH + 80 000 DH) et le total des charges (200 000 DH), c'est-à-dire : (Produits de cession + reprises sur provisions) – (VNA du fonds commercial).
Cas des provisions sur titres de participation et des titres et valeurs de placement
Exemple : Une entreprise détient dans son portefeuille deux types de titres de participation :
- Type A : 20 actions acquises pour 250 DH l'une.
- Type B : 30 actions acquises pour 500 DH l'une.
L'entreprise avait constitué des provisions pour dépréciation fin 2010 de 5 DH sur le type A et 10 DH sur le type B. Ces actions ont été vendues courant 2011 : Actions A à 240 DH l'une et Actions B à 520 DH l'une.
L'entreprise détenait également deux types de titres de placement :
- Type M : 10 actions acquises à 125 DH l'une.
- Type N : 20 obligations acquises à 100 DH l'une.
L'entreprise avait constitué des provisions pour dépréciations fin 2010 de 10 DH sur le type M et 5 DH sur le type N. Ces valeurs ont été vendues courant 2011 : M à 130 DH l'une et N à 90 DH l'une. L'ensemble des règlements ont été effectués par chèque bancaire.
Régularisation comptable : L'enregistrement consiste à : constater la cession, régulariser la provision et solder le compte des titres.
Tableau récapitulatif des cessions
| Type | Quantité | Prix d'achat unitaire | Total d'achat | Provision unitaire | Provision totale | Prix de vente total |
|---|---|---|---|---|---|---|
| A | 20 | 250 | 5 000 | 5 | 100 | 4 800 |
| B | 30 | 500 | 15 000 | 10 | 300 | 15 600 |
| M | 10 | 125 | 1 250 | 10 | 100 | 1 300 |
| N | 20 | 100 | 2 000 | 5 | 100 | 1 800 |
Cas des Titres de Participation
- Cession des titres de type A :
Valeur nette des Titres : 5 000 – 100 = 4 900 DH
Prix de vente = 4 800 DH
Moins-value (perte) : 4 800 – 4 900 = - 100 DH
La moins-value de 100 DH apparaît au niveau du Compte de Produits et Charges (CPC) par différence entre : (VNA des titres) – (produits de cession + reprises sur provisions). Soit 5 000 – (4 800 + 100). - Cession des titres de type B :
Valeur nette = 15 000 – 300 = 14 700 DH
Prix de vente = 15 600 DH
Plus-value (gain, profit) : 15 600 – 14 700 = + 900 DH
La plus-value de 900 DH apparaît ainsi par différence entre le total des produits (15 600 + 300) et des charges (15 000), c'est-à-dire : (Produits de cession + Reprises sur provisions) – (VNA des titres).
Cas des Titres de Placement
- Cession des titres de type M :
Valeur nette : 1 250 – 100 = 1 150 DH
Prix de vente = 1 300 DH
Plus-value (1 300 – 1 150) = + 150 DH.
La plus-value de 150 DH apparaît par différence entre le prix de cession (1 300 DH) et la valeur d'achat des titres. La provision constituée constitue également un produit. - Cession des titres de type N :
Valeur nette : 2 000 – 100 = 1 900 DH
Prix de vente = 1 800 DH
Moins-value (1 800 – 1 900) = - 100 DH.
La moins-value de 100 DH apparaît par différence entre le prix de cession (1 800 DH) et la valeur d'achat des titres (2 000 DH).
Remarque : Le compte titres de participation ou celui de titres et valeurs de placement est ainsi soldé, de même que le compte des provisions pour dépréciation qui correspond. La plus-value ou la moins-value apparaît au niveau du CPC par différence entre produits et charges.
Encaissement des Créances Douteuses pour Solde Définitif
Exemple : Au 31/12/2010, l'entreprise Y avait constitué une provision de 4 000 DH sur une créance de 10 000 DH (TTC). TVA 20 %.
Le 05/04/2011, le client a versé, par chèque, à l'entreprise pour solde ;
- Cas n° 1 : Un montant de 7 000 DH
- Cas n° 2 : Un montant de 6 000 DH
- Cas n° 3 : Un montant de 5 000 DH
Régularisation comptable : L'enregistrement consiste à constater le règlement effectué, ensuite la régularisation de la provision et le solde du compte client douteux.
Cas n°1 : versement de 7 000 DH.
| Date | Compte | Libellé | Débit (DH) | Crédit (DH) |
|---|---|---|---|---|
| 05/04/2011 | 5141 | Banques | 7 000 | |
| 3424 | Clients douteux ou litigieux | 7 000 | ||
| Libellé : Règlement pour solde | ||||
| 31/12/2011 | 3942 | Provisions pour dépréciation des créances clients rattachés | 4 000 | |
| 7196 | Reprises sur provisions pour dépréciation de l'actif circulant | 4 000 | ||
| Libellé : Annulation de la provision | ||||
| 6182 | Pertes sur créances irrécouvrables (2500 HT + 500 TVA) | 2 500 | ||
| 4456 | État TVA due | 500 | ||
| 3424 | Clients douteux ou litigieux | 3 000 | ||
| Libellé : Perte définitive sur le client | ||||
Le compte « client douteux » se trouve ainsi soldé (7 000 + 3 000) de même que le compte de « Provision pour dépréciation des clients » (4 000). La différence qui résulte entre le montant espéré (6 000 DH) et celui versé (7 000 DH) constitue un produit pour l'entreprise enregistré dans le compte « Reprises sur Provisions… », un compte de produit d'exploitation. L'estimation de la provision s'est avérée trop forte.
Cas n°2 : versement de 6 000 DH.
| Date | Compte | Libellé | Débit (DH) | Crédit (DH) |
|---|---|---|---|---|
| 05/04/2011 | 5141 | Banques | 6 000 | |
| 3424 | Clients douteux ou litigieux | 6 000 | ||
| Libellé : Règlement pour solde | ||||
| 31/12/2011 | 3942 | Provisions pour dépréciation des créances clients rattachés | 4 000 | |
| 7196 | Reprises sur provisions pour dépréciation de l'actif circulant | 4 000 | ||
| Libellé : Annulation de la provision | ||||
| 6182 | Pertes sur créances irrécouvrables (3333 HT + 667 TVA) | 3 333 | ||
| 4456 | État TVA due | 667 | ||
| 3424 | Clients douteux ou litigieux | 4 000 | ||
| Libellé : Perte définitive sur le client | ||||
Le compte client douteux est ainsi soldé (6 000 + 4 000), de même que le compte de Provisions (4 000). L'estimation de la provision s'est révélée exacte.
Cas n°3 : versement de 5 000 DH.
| Date | Compte | Libellé | Débit (DH) | Crédit (DH) |
|---|---|---|---|---|
| 05/04/2011 | 5141 | Banques | 5 000 | |
| 3424 | Clients douteux ou litigieux | 5 000 | ||
| Libellé : Règlement pour solde | ||||
| 31/12/2011 | 3942 | Provisions pour dépréciation des créances clients rattachés | 4 000 | |
| 7196 | Reprises sur provisions pour dépréciation de l'actif circulant | 4 000 | ||
| Libellé : Annulation de la provision | ||||
| 6182 | Pertes sur créances irrécouvrables (4167 HT + 833 TVA) | 4 167 | ||
| 4456 | État TVA due | 833 | ||
| 3424 | Clients douteux ou litigieux | 5 000 | ||
| Libellé : Perte définitive sur le client | ||||
La différence qui résulte entre le montant espéré (6 000 DH) et celui versé par le client (5 000 DH) constitue une charge courante pour l'entreprise enregistrée dans le compte « Pertes sur créances irrécouvrables », un compte de charges d'exploitation (61). L'estimation s'est avérée en fin de compte insuffisante.
II. Les Provisions pour Risques et Charges
Définition des Provisions pour Risques et Charges
Ces provisions sont constituées en prévision de pertes et de charges éventuelles dont l'objet est clairement précisé, mais dont la réalisation est incertaine. Ces provisions sont donc constituées dans un souci de prudence pour faire face à des pertes ou charges prévisibles et afin que le passif n'enregistre et n'indique pas uniquement les dettes effectives d'exploitation, mais également les dettes probables prévisibles et pouvant survenir durant les exercices qui suivent.
Lorsque la charge prévue est estimée à plus d'un an, il s'agit de « Provisions durables pour risques et charges » (Rubrique 15). Autrement, il s'agit d'« Autres provisions pour risques et charges » (Rubrique 45).
Les principaux comptes de provisions pour risques et charges sont :
| Provisions durables (+ 1 an) (151) | Provisions à court terme (-1 an) (450) |
|---|---|
| 151 Provisions pour risques | 450 Autres provisions pour risques et charges |
| 1511 Provisions pour litiges (avec les tiers) | 4501 Provisions pour litiges |
| 1512 Provisions pour garanties (données aux tiers) | 4502 Provisions pour garanties données aux clients |
| 1515 Provisions pour amendes, doubles droits et pénalités | 4505 Provisions pour amendes, doubles droits et pénalités |
| 1516 Provisions pour perte de change (155) | 4506 Provisions pour perte de change |
| 155 Provisions pour charges à répartir | |
| 1555 Provisions pour charges à répartir sur plusieurs exercices |
L'ensemble de ces comptes sont au passif du bilan et donc crédités. Ils signifient une dette éventuelle de l'entreprise qui, si elle se réalise, constituera une charge définitive pour l'entreprise.
Le compte « Provisions pour charges à répartir… » est constitué de provisions afin de faire face à des charges prévues à effectuer dans l'avenir et dont le montant est important. Aussi, cette charge ne peut être supportée par un seul exercice. Ce compte de provisions permet ainsi de répartir la charge grâce à des provisions constituées chaque année et à l'avance.
En contrepartie de ces comptes du passif qui sont crédités, on débite un compte de charge. À ce niveau-là, il faut distinguer entre les charges considérées comme normales (courantes et relevant de l'exploitation habituelle de l'entreprise) et celles considérées comme non courantes et donc comme pertes.
Dans ce cas, pour les charges courantes, on débite les comptes :
- 6195 « Dotations aux Provisions pour risques et charges » pour les litiges, les garanties et les charges à répartir.
- 6393 « Dotations aux provisions pour risques et charges financières » pour les pertes de change sur dettes et créances en monnaie étrangère.
Pour les charges considérées comme non courantes, nous avons les amendes et pénalités qui sont enregistrées dans le débit du compte :
- 6595 « Dotations non courantes aux provisions pour risques et charges ».
Création et Comptabilisation des Provisions pour Risques et Charges
La création d'une provision pour charge (d'exploitation ou financière) se traduit par le débit d'un compte de charges courantes d'exploitation (6195) ou de charges financières (6393), et en contrepartie, on crédite le compte de provision qui correspond.
Une provision pour charges non courante (amendes, …) s'inscrit dans le compte de dotations non courantes (6595) au débit, et en contrepartie on crédite le compte de provision qui correspond.
Exemple 1 : Provisions pour litiges (ou garanties) avec des tiers (client, personnel…). Le tribunal n'a pas encore annoncé son jugement à la suite d'un différend avec un client (ou salarié) au 31/12/2010. L'entreprise estime la charge à payer à 5 000 DH. Elle constitue à cet effet une provision.
Exemple 2 : Provisions pour amende fiscale. À la suite d'un contrôle fiscal, l'inspecteur relève des irrégularités. L'entreprise n'est pas encore avisée au 31/12/2012 du montant de l'amende qu'elle devra payer. L'entreprise estime l'amende à 3 000 DH.
Exemple 3 : Provision pour perte de change. Une entreprise avait emprunté à une banque Française au cours de 2010, un montant de 100 000 € (Euros) au taux de 1 € = 10,50 DH. Au 31/12/2010, à l'inventaire, le DH a baissé et le taux de change est de 1 € = 10,75 DH. Le montant de la dette inscrit lors de l'opération d'emprunt étant de 1 050 000 DH. Il est au 31/12 de 1 075 000 DH (100 000 € * 10,75 DH). Il y a un risque donc de payer 25 000 DH de plus que prévu. L'entreprise constitue alors une provision tout en ajustant le montant de la dette (Écart de conversion Actif).
Note : Le premier article doit être contrepassé le 01/01/2011 pour annulation.
Exemple 4 : Provisions pour charges à répartir. Une entreprise pense effectuer des travaux d'entretien et d'aménagement des locaux en 2006. Elle estime le coût de ces réparations à 150 000 DH. Ne voulant pas faire supporter au seul exercice 2006 le coût des réparations, elle constitue dès 2003 une provision de 50 000 DH (il en sera de même pour les exercices 2004 et 2005).
Réajustement des Provisions pour Risques et Charges
Exemple : Réajustement à la hausse ou à la baisse. Au 31/12/2010, une entreprise avait constitué une provision de 5 000 DH suite à un litige avec un client. Au 31/12/2011, l'affaire est toujours en cours. La nouvelle estimation d'après de nouveaux renseignements est de :
- Cas n°1 : 6 000 DH
- Cas n° 2 : 3 500 DH
Cas n°1 : La provision constituée fin 2010 s'avère insuffisante, il faut alors augmenter la provision de 1 000 DH.
Foire Aux Questions (FAQ)
1. Qu'est-ce qu'une provision comptable ?
Une provision comptable est la constatation d'une diminution probable de la valeur du patrimoine de l'entreprise, soit par la dépréciation d'un actif (comme un fonds commercial ou des stocks), soit par l'apparition d'une charge ou d'une dette éventuelle mais dont la réalisation est incertaine (comme un litige ou une perte de change future). Elles sont constituées par principe de prudence.
2. Quelle est la différence essentielle entre une provision pour dépréciation et un amortissement ?
La principale différence réside dans la nature de la perte de valeur. L'amortissement constate une dépréciation certaine et irréversible de l'actif due à l'usure ou l'obsolescence. La provision pour dépréciation, quant à elle, anticipe une perte de valeur probable et non irréversible, liée à des événements spécifiques qui pourraient affecter temporairement la valeur d'un actif (ex: baisse de cours boursier, dégradation de stock).
3. Comment sont gérées les créances douteuses et irrécouvrables en comptabilité ?
Les créances douteuses sont celles dont le recouvrement est incertain en raison de difficultés rencontrées par le client ; une provision pour dépréciation est alors constituée. Les créances irrécouvrables, en revanche, sont celles dont la perte est certaine et définitive (ex: faillite du client) ; dans ce cas, la perte est directement constatée en charge, sans passer par une provision, et la créance est annulée du bilan.